65 ans à peine et déjà le Konpa perd son souffle

65 ans à peine et déjà le Konpa perd son souffle

En seulement soixante-cinq ans, le Konpa (ou Compas) a connu pas mal de situations qui ont questionné son existence. Il s’est buté aux genres urbains émergents qui ont réussi à lui faire de l’ombre mais a quand-même résisté. Pour pérenniser jusqu’à aujourd’hui, le Konpa a dû subir nombre de transformations et réformes.

La guitare toujours en extase, les instruments à vent, tautologiques, reprennant la même mélodie avant chaque strophe, le tambour infatigable… Déjà soixante-cinq ans que le Konpa nous fait danser à travers ces instruments, entre autres. Il est aujourd’hui le symbole de l’identité musicale Haïtienne. Cet héritage nous est parvenu à coup de sacrifices et grâce à des musiciens qui, dans les moments d’essoufflement du rythme, ont su se réinventer.

Tout a commencé le 25 juillet 1955 à l’occasion de la fête Sainte-Anne de Port-au-prince, le saxophoniste et guitariste Jean Baptiste Nemours livre au public un nouveau rythme, fraîchement sorti de son imagination. Il le finalisera en 1957. Depuis lors, c’est le la conquête du monde pour le nouveau genre : les États-Unis, la France, la nouvelle Calédonie et les Antilles ( principal consommateur de la musique konpa). Tout le monde en raffole jusqu’en 1986 où le public commence par s’en lasser. C’est à ce moment-là que Robert-Charlot Raymomd, maestro de Top-Vice, va introduire un nouveau concept : konpa dijital. L’avènement de ce dernier fait apparaître le synthétiseur qui remplace, les cuivres, etc. La nouvelle génération (Sweet Micky, Carimi, Konpa Kreyòl, T-Vice ) va en profiter pour séduire un public plus jeune. Depuis quelques années, le konpa dijital est à son tour essouflé. Certains groupes comme Carimi et T-VICE tentent de renouer avec le passé en ramenant sur la scène quelques instruments de la catégories des percussions.

Aujourd’hui, c’est à ce carrefour de questionnement, de tentative de réinvention que se trouve le Konpa. Malgré maints efforts des formations comme Nu-look, Klass, Zenglen ou Enposib, le genre n’arrive pas à s’imposer chez les jeunes. Ces derniers préférant le rap et/ou le rabòday. Le rabòday, quant à lui, asphyxie tous les autres rythmes et s’impose partout à travers le pays. Les clichés qui tournent en boucle dans les textes sont souvent évoqués pour expliquer la situation du Konpa. La muse se focalisant toujours sur la femme Haïtienne, sur les sujets amoureux, les déceptions amoureuses… Cependant, certains artistes et groupes font parfois la différence.

Le Konpa conserve tant bien que mal la deuxième place des genres les plus consommés, avec 14%, devant les musiques évangéliques (13%), selon un rapport de la cartographie de la musique haïtienne élaboré par Ayiti Mizik et l’Unesco (2017). Lequel rapport démontre par ailleurs que les rythmes urbains, tels que : le rabòday, le rap, le ragga, etc. se trouvent au sommet de la pyramide (29%). « Ces chiffres mettent à mal l’idée que le konpa serait « la » musique haïtienne, même s’il reste probablement la musique qui est la mieux organisée sur le plan commercial, qui bénéficie de plus de production et de diffusion, à la fois live et enregistrée. » a souligné Ayiti Mizik. Ils (les chiffres) démontrent également que c’est l’industrie musicale haïtienne dans son ensemble qui est traitée en parent pauvre.

Ce n’est que le 16 juillet 2019, à l’initiative du chanteur devenu sénateur, Gracia Delva, que le Sénat a voté une loi faisant du mois de juillet, mois du Konpa. D’autres personnalités pensent qu’il faudrait aller plus loin en élevant le konpa au rang de Patrimoine national et l’enseigner à l’école. Les autorités culturelles devraient, en ce soixante-cinquième, se pencher sur la question afin de sauvegarder ce précieux héritage. D’autant plus que si des efforts ne sont pas diligentés en ce sens, le Konpa pourrait complètement s’éteindre d’ici quelques décennies.

Mike Creedlyn Eugène

Étudiant à la Faculté des Sciences Humaines (UEH).

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