Comprendre l’aggravation de la décote de la gourde pendant le covid-19

Comprendre l’aggravation de la décote de la gourde pendant le covid-19

Peu de temps après l’apparition du nouveau coronavirus (covid-19) sur le sol haïtien, la gourde a enregistré sa pire décote face au dollar américain. Soit environ 100 HTG pour un dollar. L’incompréhension de ce phénomène démeure une énigme à décrypter pour la majorité de la population. La question dominante est de comprendre pourquoi une telle performance de la gourde face au dollar. Voici quelques raisons qui l’expliquent.

La compréhension de la dépréciation de la gourde face au dollar fait l’unanimité en ce qui a trait aux interrogations de la crise économique qui sévit dans le pays. C’est l’une des causes apparentes démontrant que l’économie haïtienne se retrouve depuis un certain temps dans son cercle vicieux. Actuellement, il nous faut 100.2253 HTG pour un dollar américain sur le marché bancaire et environ 99.7352 HTG sur le marché informel selon la dernière mise à jour de la Banque de la République d’Haïti, ce vendredi 17 avril. La gourde connaît sa pire performance au moment où tous les yeux sont tournés vers la nouvelle pandémie.

Dans le cas où le système monétaire est flexible au mécanisme du marché, on parle de dépréciation ou appréciation de la monnaie. Dans notre cas, avec une économie en récession, la gourde ne fait que se décoter. La loi du marché l’explique clairement : Quand la demande est supérieure à l’offre, le prix du bien ou du service augmente automatiquement. Plus le dollar est rare, plus la gourde se déprécie. Mais qu’est ce qui explique une telle rareté?

Aucun pays ne peut vivre en autarcie, surtout avec la mondialisation. Donc une économie fermée est susceptible de présenter des imperfections. Il faut qu’il y ait des échanges. Dans les échanges, l’importation nécessite de la devise étrangère. Plus le pays importe, plus il aura besoin de la devise étrangère pour compenser ses achats. Pour obtenir la devise étrangère, il faudrait faire l’inverse. Exporter autant que possible vers les pays étrangers afin d’attirer de la monnaie étrangère sur le marché. Dans cette foulée, il faut une production nationale très prometteuse avec environ 20 % de biens et de services devant allouer à l’exportation. En raison de la faible performance de la production nationale, l’état est contraint lui-même d’utiliser la devise étrangère qui circule sur le marché afin de répondre à ses dettes contractées à l’étranger. Ce qui soustrait une importante partie du dollar en circulation.

Le financier Vladimir Jean Baptiste accuse l’instance responsable de la stabilité des prix et superviseur de la monnaie (la BRH), pour lui, qui ne joue pas son rôle de régulateur. À chaque fois que l’inflation double de vitesse, le patron de la BRH est dans l’obligation d’intervenir urgemment afin d’adopter les mesures nécessaires pour passer à l’offensif. Les mesures prises par la BRH ne semblent surtout pas être efficace pour arrêter la décote de la gourde face au dollar, si ce n’est que pour un temps très court. Attitude déplorée par plusieurs économistes dont le natif de la ville des Gonaïves, Enomy Germain.

Lorsque la BRH procède à une injection de plus d’une dizaine de millions de dollar sur le marché. Cette mesure ne soulage l’économie qu’à court terme, puisque l’état et les grandes entreprises dont la plupart des équipements sont procurés à l’étranger, récupèrent rapidement les dollars injectés sur le marché afin de satisfaire leurs besoins ou encore de payer leurs dettes. À chaque injection, peu de temps après, le dollar est devenu plus rare qu’avant.

Les banques commerciales ne respectent pas les taux fixés par la BRH. Ce problème découle directement des autorités de la politique monétaire si les taux fixés ne sont pas respectés juste parce que les banques commerciales l’utilisent à des fins de profit. Car c’est de leur responsabilité de contrôler la monnaie. Les entreprises sont souvent dans la nécessité de contracter des prêts. Inévitablement, elles se réfèrent aux banques commerciales. Comme sur le marché, la concurrence est de mise. Les sommes, souvent en devise étrangère, désirées par les entreprises sont parfois supérieures aux encaisses des banques commerciales. Ces dernières sont obligées d’augmenter le taux de change afin d’attirer le plus de consommateurs possibles en vue d’augmenter leurs encaisses en devise étrangère pour pouvoir répondre aux besoins de dettes des entreprises. C’est un moyen utilisé par les banques commerciales pour déposséder le consommateur du dollar. Ces sommes obtenues par les entreprises auprès des banques commerciales sont allouées aux achats des capitaux et des équipements à l’étranger. Alors, au lieu d’attirer le dollar, c’est le dollar qui nous fuit.

Les bureaux de transfert jouent aussi leurs partitions sur le marché. La diaspora apporte une forte contribution dans l’économie nationale, fait qui n’est pas surprenant. Le canal majoritairement utilisé par la diaspora afin d’émettre leur argent est le bureau de transfert. De nos jours, les bénéficiaires de la diaspora se rendent massivement dans les bureaux de transfert afin de récupérer leurs précieux dollars. Les agents affectés aux bureaux de transfert refusent de leur livrer le dollar et effectuent la livraison en gourde. Ce qui aggrave la rareté du dollar sur le marché.

Sans tenir compte des autres facteurs, les menages laissent l’instance compétente pour traiter les problèmes de l’inflation, de la dépréciation de la monnaie, responsable de tous ces déboires de la gourdes. La BRH doit procéder à un autre moyen plus efficace afin de répondre aux différentes exigences du marché, bien que ça ne dépend pas seulement d’elle puisque nous avons une balance commerciale très déséquilibrée. Seule, une politique monétaire ne saurait garantir une appréciation de la monnaie sur le court terme. Avec l’apparition du covid-19 Devrions-nous nous attendre au pire?

Gusly Jean-Charles

Je suis Gusly JEAN-CHARLES, natif de la ville des Gonaïves, actuellement étudiant en sciences économiques à la Faculté des Sciences Économiques, Sociales et Politiques de l'UNDH et boursier de la Haitian Education Leadership Program (HELP). Je suis passionné de sport et d'écriture. J'invite les jeunes à tirer plaisir et contentement dans les choses de l'esprit et faire de la volonté et de la capacité leur boussole.

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