Frigidité ou insensibilité au sexe en Haïti

Frigidité ou insensibilité au sexe en Haïti

Parler de frigidité dans la société haïtienne tout comme évoquer crûment la sexualité peut renvoyer à la perversité et reste un sujet inabordable.

Certaines personnes avouent même qu’elles ignorent ce que c’est ou l’attribuent au mauvais sort, à la faiblesse de l’autre. D’autres n’osent pas en parler, craignant la réaction de leur partenaire, d’être prises pour anormales pour une chose d’aussi humaine. Ainsi il serait utile de relater ce qu’il en est et analyser l’importance qui devrait lui être accordée dans notre société.

Dans une de ses plus simples tentatives de définitions, la frigidité désigne le manque ou l’absence de plaisir dans les actes sexuels. « Sa description qui varie de plus en plus permet de retenir cinq variantes :

  • Anesthésie sexuelle complète : absence du désir et du plaisir
  • Sensations atténuées, absences d’orgasme
  • Orgasmes rares
  • Spasme clitoridien, absence de plaisir vaginal
  • Dégoût absolu de tout contact sexuel »

Cette chose-là,
Dr Hélène Michel-Wolfromm,
1970

La frigidité, qui est un trouble sexuel généralement observé chez les femmes, est un terme maintenant exclu du langage professionnel à cause de ses portées péjoratives. Une évolution qui peut passer inaperçue pour la plupart des gens de notre société qui accordent peu d’importance aux troubles sexuels ou les fuient. Et si quand bien même ils s’en inquiétaient, trouveraient-ils des spécialistes pour exposer leur cas sans risquer d’être ridiculisés?

Toutefois, il ne faut pas confondre les douleurs que peuvent causer des lésions génitales pendant la pénétration et la frigidité. Une lésion assez profonde peut gêner la pénétration et entraver la marche du plaisir. Des traumatismes relatifs au sexe, une dépréciation du corps, la monotonie, des fatigues mentales, une éducation rigoureuse qui range le sexe dans les interdits, la peur de ne pas être à la hauteur, la crainte d’exposer ses désirs à l’autre… sont de potentielles causes psychologiques de la frigidité.

De même que physiologiquement des agitations hormonales dues à la grossesse, à la ménopause, à des médicaments, des faiblesses physiques peuvent en être à l’origine. Une femme dont les fantasmes sont insatisfaits peut se révéler être frigide. Dr. Hélène Michel-Wolfromm dans son livre Cette chose-là ( 1970 ) explique le cas d’une femme devenue frigide à l’aveu d’une infidélité de son époux auquel elle s’accrochait. Elle juge imprudent d’affirmer qu’un trouble sexuel peut s’expliquer par une cause simple.

Yslange, jeune étudiante en travail social à l’Université d’État d’Haïti soutient qu’un manque de formation à ce sujet amène à l’ignorance de ces problèmes combien d’envergure.  » La sexualité est déjà taboue en Haïti, il est presque impossible pour nous d’approfondir certaines choses. » La frigidité peut déprimer la femme frustrée sexuellement. Elle peut ne plus savoir comment procurer du plaisir à son partenaire si elle ne ressente rien ou presque. Il y aurait alors un handicap dans leur vie sexuelle. La femme peut aussi simuler le plaisir alors que le problème reste le même. Yslange approche que si un couple était plus ou moins conscient du problème, les partenaires pourraient chercher ensemble une solution où chacun y trouvera son bien-être.

Youvens, étudiant finissant en science de l’éducation à l’université publique de l’Artibonite aux Gonaives, fait savoir que si le partenaire est attentif et veille au plaisir de l’autre, à ce que l’autre jouisse, il se rendra compte si sa compagne est frigide ou pas. Comme quoi l’écoute de l’autre serait pour beaucoup dans une vie sexuelle épanouie.

Bien qu’il n’y ait pas encore de traitement médical dédié à la frigidité, elle n’est pas pour autant une fatalité. De même qu’il existe une pluralité de causes qui varie en fonction des femmes, ainsi les traitements en seront aussi. En parler au partenaire de sexe est conseillé pour dédramatiser le problème et tenter de le résoudre en communiquant, en le guidant vers ce qui excite. Bien qu’il n’existe presque pas beaucoup de spécialiste du sexe, et de sexothérapeutes en Haïti. Leur intervention serait bénéfique pour remédier à une telle situation. Dépendamment de la description du problème par le patient, une rééducation du périnée, la recherche du plaisir clitoridien peuvent être prises en compte dans des séances de sexothérapie. La masturbation est une éventuelle proposition d’exercice pour réduire l’anxiété et tenter l’orgasme solitaire.

La sexualité, comme dit tantôt, est un sujet duquel on évite de parler. Du moins, on n’en parle pas assez librement. Et même si c’était autrement, en parler ne suffirait pas. Il faudrait accorder de l’importance aux troubles d’ordre psychologiques, cesser d’associer ces pathologies à la folie, à des choses surnaturelles, prendre conscience de l’étendue des impacts négatifs sur la vie d’une personne : impacts qui peuvent gâcher toute une vie déjà mal vécue.

Surtout, la situation désespérante de notre pays s’intensifie, les stress qui augmentent, les angoisses qui s’amplifient… Nous nous retrouverons avec une population sans joie de vivre, frustrée, froissée et dépitée. La réflexion soutenue pour la bonne marche d’une société se ferait-elle dans de tels états d’esprits ? L’avenir nous dira le reste.

Daphkerlie Jean Baptiste

Jean Baptiste Daphkerlie est étudiante en psychologie au Campus Henry Christophe de l' Université d'État d'Haïti à Limonade. Ayant toujours été attirée par tout ce qu'il y a de tabou dans la société haïtienne, elle voit en Sun Variété la voie idéale pour faire entendre son opinion.

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