Haïti : l’impuissance de la Police Nationale face à l’insécurité

Haïti : l’impuissance de la Police Nationale face à l’insécurité

En Haïti, l’impuissance des policiers perdure. Face au banditisme qui sème la terreur dans le pays et au manque de professionnalisme, ils luttent vainement contre un sentiment d’impuissance.

« La police est créée pour la garantie de l’ordre public et la protection de la vie et des bien des citoyens. Son organisation et son mode de fonctionnement sont réglés par la loi » article 269 de la constitution de 1987.

25 ans déjà pour une police, qui selon toute vraissemblance, n’a pas encore fait ses dents de lait. Malgré les centaines d’arrestations tout au long de l’année 2020 et le démantèlement de plusieurs gangs armés, la PNH n’inspire confiance à personne. Elle ne rate jamais l’occasion pour mettre à jour son incompétence. Et les récents événements survenus pour la plupart dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, ne sont que pour alimenter cela.

Recrudescence des cas de kidnapping

Depuis plusieurs mois, les cas d’enlèvements contre rançon persistent dans la zone métropolitaine. On kidnappe n’importe qui, n’importe quand, n’importe où. Le kidnapping s’avère être une activité extrêmement rentable pour ceux qui la font. À peine une victime relachée contre une forte somme d’argent, une autre était dejà enlevée. Certains bandits avouent avec fierté sur les réseaux sociaux leurs implications dans de nombreux cas d’enlèvements. Ils relâchent, violent, tuent quand bon leur semble. La police ne fait rien. Le mot d’ordre est, semble-t-il, l’indifference sur toute la ligne. Aucune mesure de préventions. Aucun témoin d’un acte de kidnapping n’a été interrogé par la police. Des victimes relâchées après plusieurs jours de séquestrations n’ont reçu la visite d’aucun agent de l’ordre. Leur témoignage ne compte pas. Enfin de compte les responsables de la police, de plus en plus laxistes, semblent faillir à leur mission qui est de proteger et servir.

Environ 1600 personnes tuées au cours des 3 dernieres années

La bavure policière est une expression encrée dans notre système de sécurité. À cause d’un manque d’organisation de la PNH, des centaines de citoyens paisibles ont perdu la vie. Ce sont des enfants, élèves, étudiants, pères et mères de familles abattus de sang-froid par des personnes qui ne sont jamais identifiées à temps par la police. Selon un bilan de la commission épiscopale justice et paix (CE-JILAP) pour l’année 2017, plus de 418 personnes sont tuées, dont 330 par balles, parmi elles 15 agents de la PNH, dans la zone métropolitaine de port-au-prince. Pour l’année 2018, toujours selon la commission, 807 personnes sont assassinées , dont 604 par des armes à feu. Dans un bilan détaillé présenté par l’inspection générale de la police nationale d’Haïti (IGPNH) 27 policiers sont décédés pour l’année 2018. Huit cas de mort naturelle, dix par balles, deux par armes blanches, deux par balles suivis de calcination, six suicides, et un autre, mort suite à un accident de la route. En 2019, selon les chiffres de la CE-JILAP, 370 personnes ont trouvé la mort par balles dans la zone métropolitaine. À noter que seulement pour le mois d’octobre 2019, la commission épiscopale justice et paix avait recensé 69 morts violentes dans la capitale haïtienne. Selon un rapport de la MINUJUSTH, 34 policiers sont morts entre janvier et octobre 2019, dont 25 à travers le département de l’ouest.

Les exécuteurs, jamais les commanditaires

La police haïtienne cherche à couper les branches du banditisme, pendant que sa racine se prépare à donner des branches encore plus solide. Les policiers traquent les auteurs des crimes, alors que les commanditaires et organisateurs ne sont jamais vus, ni connus. D’ailleurs, dans plusieurs interventions de la PNH dans les quartiers populaires, elle se heurte à des bandits surequipés. Un bandit tombé, dix autres armés jusqu’aux dents le remplacent. D’où viennent ces armes? Comment des hommes pauvres, issus de quartiers défavorisés ont eu accès à des matériels si couteux? Par quels moyens ces armes sont elles arrivées sur le territoire pour atterrir entre les mains des criminels? Quelle institution publique est impliquée dans les contrebandes d’armes et de munitions?

La police semble oublier son rôle qui est de lutter contre le crime organisé. Les crimes perpétrés contre les citoyens doivent donner lieu à des enquêtes approfondies. Les autorités compétentes doivent identifier les executeurs des crimes, mais également leur commanditaires, sans égard aux grades ni aux relations des suspects.

Causes

Le travail des policiers consiste en la protection de toutes les personnes sur le territoire. Ils sont là pour assurer la sécurité des gens, des biens et des institutions. Seulement, ils n’y arrivent pas. Pour combattre l’insécurité, la police devrait être une force suréquipée alors qu’elle est sous équipée et les bandits eux sont armés jusqu’aux dents. Les quelques blindés commandés par l’état haïtien résistent mal à la lame puissante de l’insécurité.

Sur papier, la PNH est une institution apolitique. Seulement sur papier. La promotion d’un policier ne résulte pas de sa compétence mais de ses relations. En ce sens, pour avoir une meilleure condition de vie, des centaines de policiers ont pris la résolution de se regrouper en syndicat (SPNH) pour défendre leurs droits au sein de l’institution policière, malgré l’interdiction des règlements du corps. À travers cette structure fondée sur les bases de la constitution, les policiers exigent de meilleurs conditions de travail à savoir un salaire moyen de 50 000 gourdes. Avec deux chefs en moins de deux ans, la PNH est devenue une institution instable. Seule une équipe qui gagne ne mérite pas d’être changée, mais une équipe pour gagner à besoin de matériels adéquats. La police doit faire son travail avec calme et professionnalisme, même si le temps presse.

La Police nationale d’haiti est une institution de l’Etat créée le 12 juin 1995 avec pour devise « Protéger et servir ». Aujourd’hui, la PNH a le moral en berne comme jamais. Manque de moyens, montée des violences, abandon, impuissance… ce sont entre autres les mots qui définissent cette institution policière. Pendant ce temps, le pays est en proie à une vague de violence inédite. Les bandits continuent de rançonner la population. La peur qui devait être dans leur camps est dans celui de citoyens paisibles. L’inquiétude suscitée par les images de crimes n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui. Les agents de l’ordre ne font que constater la hausse du banditisme dans le pays. Jusqu’à date, les changements stratégiques opérés au sein de la PNH n’apportent toujours pas de résultats. D’ailleurs, derrière une police politisée, divisée et sous-équipée, à quels réels changements devrait-on s’attendre?

Marckenley Élie

Marckenley Elie est un passionné de la lecture. Rédacteur en chef de Sun Variété, il pense qu'on peut lutter contre la désinformation qui est toxique et meurtrière.

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