La dure réalité des agents de loterie en Haïti

La dure réalité des agents de loterie en Haïti

En Haïti, dans les villes de province comme dans la capitale, il est presque impossible de marcher une heure sans apercevoir dans un coin de rue, ces petites maisons souvent peintes de plusieurs couleurs, pour la plupart en bois avec toitures de tôles, que loge généralement un individu de sexe masculin. Ce sont des succursales d’entreprises de loto. Parfois, une table improvisée en bureau peinte à l’instar de la traditionnelle hutte installée sur le trottoir peut faire office de succursale également.

Ces hommes, communément appelés « machann bòlèt » (agents de loterie en français) travaillent pour le compte d’un tenancier de la Loterie de l’Etat Haïtien (LEH). Ce sont eux qui doivent enregistrer les numéros sélectionnés par les clients, dresser le bilan de la journée, bilan qu’ils doivent transférer eux-mêmes au bureau central et remettre leur dû aux gagnants. Mais connaissez-vous vraiment la réalité de ces employés sous-payés en Haïti ?

Les jeux de hasard sont très populaires dans le pays. Parmi ces pratiques (jeux de hasards dans les lieux publics, combats de coqs, jeux de paris sportifs…) qui consistent à miser de l’argent pour gagner une somme supérieure à celle misée, jouer au loto est de loin celui le plus pratiqué, tant par son ancienneté que pour la croyance des Haïtiens aux interprétations des rêves et aux « tchalas » (bréviaire des joueurs).

On est aux Gonaïves. Ce quartier qui débouche sur la route nationale numéro un, est une vraie plantation de guérites abritant des agent de loterie. Il compte plus de cinq, toutes des maisonnettes faites en bois avec deux fenêtres, recouvertes de tôles, différenciées seulement par leur enseigne et leurs couleurs. Il est presque neuf heures du matin. Le soleil est déjà haut dans le ciel. À cette heure de la journée, tous les élèves sont déjà dans leurs salles de classes, sauf quelques retardataires qui marchent à grands pas dans la rue pour gagner leurs écoles.

Hermio, 29 ans, n’a pas pu terminer ses études classiques. Assis sur une chaise en bois, appuyé contre une table, plume à la main, il écoute avec attention les explications d’une dame qui est venue « marier des numéros » pendant que son petit émetteur joue une musique très populaire en ce moment. Il ouvre chaque jour la petite porte de cette guérite située un carrefour à 8 heures tapantes du matin et ferme aux environs de 7 heures 30 du soir. « Je travaille environ 11 heures tous les jours, déclare t-il. Si j’ai fait ce choix c’est pas parce qu’on me paye beaucoup d’argent, mais je préfère m’asseoir ici au lieu de bavarder tous les jours avec des amis ».

Célibataire. Vivant avec quelques cousins et cousines. S’approchant à grand pas de la trentaine, Hermio nous explique qu’il aimerait avoir une épouse et des enfants, mais son salaire ne lui permet pas de combler ce désir. « L’idée de me marier un jour m’effraie. Avoir une famille engendre des frais surtout dans un pays comme Haïti. Avec 125 gourdes par jour, j’ai seulement de quoi manger de la friture le soir. Jusqu’à présent, mes efforts, pour épargner de l’argent pour apprendre un métier sont vains», explique Hermio.

Des clients colériques

Travaillant tous les jours de la semaine pour environ 3500 gourdes le mois, ce Rivartibonitien habitant Gonaïves depuis son enfance, se bat non seulement pour survivre, mais aussi pour affronter parfois des clients colériques. Tout ça, pour un salaire de misère de moins de 5000 gourdes le mois. « Quand un client gagne une grosse somme, il n’accepte pas les rendez-vous. La plupart des personnes qui viennent jouer ici s’attachent à leurs gains, et souvent, elles menacent de me brûler vif si je ne leur paie pas le même jour », nous a-t-il confié.

Selon son contrat, Hermio doit travailler tous les jours de l’année sauf le 25 décembre. « Pour la Noël, le tirage n’est pas rendu public. Les résultats sont publiés le 26 décembre. Par contre, tous les autres jours de l’année, je travaille », précise Hermio.

Des responsabilités

Contrairement à Hermio, Jacky, 40 ans, travaille pour une entreprise de loterie plus bas depuis 6 ans. Marié depuis 9 ans, il est père de deux enfants et c’est ce travail qui nourrit toute sa famille. Travaillant pour 200 gourdes par jour, sa situation est aussi compliquée. Comme tous les agents, il se bat au jour le jour pour gagner sa vie. « Ce n’est pas facile d’entretenir une famille avec 6 000 gourdes le mois et parfois, si la vente n’est pas satisfaisante, vous gagnez moins que ce que l’on vous paie normalement. Si la banque rentre moins que ce qu’elle devrait rentrer en une journée, mes 200 gourdes diminuent », nous explique Jacky avec découragement.

Dave, lui est un jeune agent de loto. Il exerce ce métier depuis environ deux ans aux Gonaives, père de famille comme Jacky, il travaille dans le bureau central d’une entreprise de loto dans la cité de l’indépendance. « Je suis le représentant de plusieurs succursales, tout passe par moi et on me paye 12 000 gourdes chaque mois pour faire mon travail ».

«Je n’ai pas fait d’études pour être ici. Et j’ai un enfant. Même si c’est pas beaucoup pour vivre dans un pays comme Haïti, je me débrouille assez bien en faisant de petites économies». Renchérit-il.

Le secteur des jeux de hasard et surtout celui de la loterie est un secteur vaste et complexe en Haïti, même si les tirages sont effectués en dehors du pays (ils proviennent directement de New York ou Washington, USA). Selon Margareth Fortuné, Directrice générale de la Loterie de l’Etat haïtien (LEH), le nombre total des succursales de toutes les entreprises du secteur de la loterie du pays est d’environ 300 000. Ce qui nous porte à estimer le nombre des agents de ces succursales sur le territoire national à plus de 300 000.

Marckenley Élie

Marckenley Elie est un passionné de la lecture. Rédacteur en chef de Sun Variété, il pense qu'on peut lutter contre la désinformation qui est toxique et meurtrière.

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