L’actuelle Haïti : nécropolitique ou biopolitique?

L’actuelle Haïti : nécropolitique ou biopolitique?

En toute société démocratique, la relation entre l’État et les citoyens est une connexion qui va – en croissance – à la projection d’un changement pour le mieux-être. Cependant, toute démocratie n’a pas naturellement cette démarche d’échange entre la population et ceux qui la gouvernent. Voilà pourquoi toute approche à la démocratie doit être considérée comme une syllabe plurielle qui cherche à comprendre les rythmes de cette fanfare politique regroupant hommes et femmes tout au long, et même au-delà, de l’avenue sociétale.

En Haïti, il existe une prétention de la démocratie qui circule dans les discours d’État pour faufiler la diplomatie dans une fausse protection, dans un respect excessif et déformé des institutions et enfin, dans le mensonge de défense aux personnes humaines.

En effet, il y a une conception moderne de l’État qui consiste à créer des formes politiques à partir desquelles les gens se trouvent dans des situations les conduisant à la mort. C’est-à-dire, l’État n’est plus cette idée traditionnelle de refuge, sinon créatrice de mécanismes qui établissent et exigent subtilement un contrôle politique afin de désigner les vies importantes et celles qui ne le sont pas. Alors, l’État — en ce sens — décide qui peut vivre et qui doit mourir. C’est ainsi l’État d’exception, dans son comportement authentique, que Achille Mbembe décrit dans sa philosophie politique.

Par conséquent, il y a une démarche dans la politique haïtienne actuelle qui convient à la nécropolitique de façon quotidienne à travers un processus de déshumanisation voulant rapprocher l’être social de la vie au trépas. Par conséquent, la vie en Haïti est l’acceptation de la mort imposée. C’est un contrôle géographique qui s’intéresse aux souffrances des autres en mettant l’accent sur la fragmentation continue des habitants pour que la division populaire soit ordre, objectif et manœuvre. C’est une situation de violence pensée et orchestrée pour favoriser les pratiques brutales et les incivilités dans une société de conscience enchaînée.

De toute façon, il n’y a aucune empathie dans le système biologique des dirigeants haïtiens, ce qu’ils possèdent en outre, c’est cette habileté de rendre rentable l’activité belliqueuse qui s’installe comme étant légale et normale. Alors, le système politique d’Haïti se trouve dans les mains d’un souverain totalitaire qui se fait justice et impose ses lois en tout et en tout lieu. C’est un souverain commandeur. Il est le salut politique. Autrement dit, dans l’ordre juridique de ce souverain politique, l’être exclu (c’est un être social non apprécié) peut perdre sa vie sans que l’acte soit considéré comme un homicide : voilà, l’étatisation de la vie et la suspension de l’ordre.

Toutefois, chaque Haïtien est un être exposé à la mort, et cette dernière est une technique politique pour dénuder les normes démocratiques en installant une loi autorisant les contrariétés nationales. Ici-bas, en Haïti, l’État réactive l’horreur, prédit la terreur qu’il veut et construit sa stratégie de destruction progressive.

La nécropolitique n’existe pas en Haïti sans le biopouvoir qui est une manifestation de domination presque entièrement perpétuelle… elle vit des mécanismes conduisant à la tuerie humaine pour alimenter son règne, et cela continue ! Aucun haïtien n’est propriétaire de sa propre vie, hélas ! Même en étant chez soi. Seul le souverain, comme a dit Carl Schmitt, de l’État d’exception peut décider sur les vies. Et, il décide selon sa volonté ; donc, nécropolitiquement. Néanmoins, s’il y a moins d’hôpitaux c’est pour que l’ensemble des éléments (natalité – relongévité – mortalité) qui soit propres à la vie continue de naviguer dans la vallée décisionnelle du puissant souverain.

Malgré tout, socialement les Haïtiens sont maladroits quand ils pensent pouvoir, entre eux-mêmes, établir une différence de classe. En voilà une manière élégante et démagogique à la fois pour s’offrir à l’administration meurtrière ! Voilà l’expérience quotidienne des corps qui meurent politiquement. Il y a aussi la perte de la condition politique des citoyens et la transformation des supposés êtres humains en une marchandise sans valeur, enfin, c’est exactement la gestion volontaire de l’État aux sujets invisibles (les exclus de la société).

En Haïti, toutes les drôleries s’installent, tout le style du désarroi augmente en violence alimentaire, en négligence d’infrastructures pour exposer les sans-abri… La vie n’existe pas et la mort est haïtienne politiquement : l’actuelle Haïti est nécropolitiquement biopolitisée.


Céïde Joanel Kaki Alexis

Collaborateur

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