L’aide étrangère en Haïti, un gaspillage quasi total

L’aide étrangère en Haïti, un gaspillage quasi total

D’après les expériences catastrophiques d’exécution des fonds étrangers qu’a bénéficiés Haïti au cours des 10 dernières années, cet étudiant part de cette hypothèse que ces assistances ont fait beaucoup plus de mal à la population haïtienne que de l’aider à sortir du marasme.

Si les programmes d’aides étrangères sont couronnés de succès dans plusieurs pays du continent africain et de l’asie comme le Rwanda, la Côte d’ivoire, le Mozambique, l’Ouganda, la Corée du sud et le Taïwan, si le plan de Georges Marshal a connu un succès remarquable après la deuxième guerre mondiale en Europe ; s’ils ont permis à ces pays d’accélérer leur croissance économique, et à leurs dirigeants politiques éclairés et visionnaires, de réduire le niveau de pauvreté à travers de grands projets de développement comme : la construction d’infrastructures sanitaires, routières et l’investisement dans la formation de leur population ; de notre côté en Haïti, les programmes d’aides étrangères peu importe leur nature comme des aides publiques au développement (APD) accordées par les institutions financières et monétaires dans le cadre des accords multilatéraux et certains pays dans le cadre des accords bilatéraux, les Assistances volontaires privées provenant des ONG, des fondations, des artistes et autres.

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Nous avons l’impression que ces assistances font beaucoup plus de mal à la population haïtienne que de l’aider à sortir de ce marasme. À cause des dirigeants corrompus, incompétents et malhonnêtes au niveau de l’État et également au niveau du secteur privé des affaires qui voient dans l’aide un moyen efficace de s’enrichir, de se remplir les poches au lieu d’aider véritablement le pays à sortir de la misère, au lieu d’aider le pays à enlever cette étiquette de PMA, le pays le moins avancé du continent américain et même de l’hémisphère nord. Pour citer Milton Friedman, « l’aide ne faisait que renforcer et élargir les pouvoirs centraux, et de ce fait, faisait plus de mal que de bien ».

L’éminent économiste Peter Thomas Bauer a relaté : « l’aide étrangère est le processus par lequel les pauvres des pays riches subventionnent les riches des pays pauvres, elle se limite à enrichir des élites économiques et politiques des pays bénéficiaires ». On a l’exemple parfait dans le cadre de la gestion des fonds du petro-caribe qui s’élèvent à environ 4.2 milliards de dollars américains selon le rapport de la commission d’éthique et anti-corruption du Sénat de la république sur la gestion des fonds du petro-caribe entre la date de la réception de la première cargaison le 05 mars 2008 et la date de la réception de la dernière cargaison le 14 avril 2018 (Enomy Germain, 2019). Sans oublier une première partie de ces fonds qui ont été annulés par le gouvernement d’Hugo Chavez après le cataclysme du 12 janvier 2010. Au cours de cette dernière décennie, de nouveaux riches ont surgi de l’élite politique et du secteur privé des affaires haïtiens grâce aux fonds du petro caribe sans oublier les fonds du fameux CIRH (Commission Intérimaire pour la reconstruction d’Haïti) et autres. Pour rappeler que, l’apparition de ces nouveaux riches c’est bien au détriment de la majorité. Ils accumulent une dette qui pèse lourdement non seulement sur la génération présente mais qui pèsera aussi lourde sur la génération future du pays. Cependant ce n’est pas la dette en soi qui pose un problème, on pourrait même reprendre les mots du prix nobel américain, Paul Krugman, qui dit : « mieux vaut s’endetter pour payer des choses utiles ».

Que veut dire l’expression « des choses utiles » pour nous autres les haïtiens, en analysant la conjoncture actuelle ?


1- Réduction de la pauvreté.


2- Amélioration du système de santé (construction d’hôpitaux, équipements médicaux renforcés, réajustement salarial pour nos agents de santé, formation de bonne qualité pour nos médecins et nos infirmières et les autres agents de santé).


3- Changement structurel de notre système éducatif.

4- Amélioration de notre système de transports publics et des télécommunications.

Pourtant, de 2010 à nos jours, Haïti a reçu des milliards de dollars américains d’aide. Et le peuple n’a même pas bénéficié d’une école professionnelle avec un minimum de standard, pas un hôpital de référence n’a été construit pendant ces dix dernières années. Les fonds du petrocaribe uniquement s’élevaient à 2,2 milliards de dollars américains si on enlève les 2,0 milliards au total qu’on devrait payer au comptant après chaque livraison, ajoutés des fonds du CIRH 6,04 milliards (2,41 milliards pour les efforts humanitaires et 3,63 milliards pour la reconstruction nationale). Tout cela , pour rappeler que le pays le plus pauvre de l’hémisphère nord depuis pas mal de temps, a bénéficié plus de 8,24 milliards de dollars sur ces dix dernières années en incluant autres dons et appuis budgétaires. Selon des données publiées dans le journal le nouvelliste le Campus universitaire du Roi Henry Christophe de limonade dans le département du nord d’Haïti coûte environ cinquante millions (50 000 000) de dollars américains, c’était un don du gouvernement dominicain à Haïti, construit sur une superficie d’environ 30 hectares. Cela signifie qu’avec les 8,4 milliards de dollars d’aide, on pouvait construire une dizaine de campus universitaires à travers le pays à raison d’un campus par département ce qui pourrait nous coûter au total 500 millions de dollars soit 6% du montant environ.

Joseph Stiglitz et Jeffrey Sachs nous font croire que « même si l’aide n’a pas toujours été efficace, elle a joué un rôle stratégique dans la croissance économique et la lutte contre la pauvreté ». En d’autres termes, on pourrait éviter le pire grâce aux aides internationales. Par contre en Haïti de 2010 à nos jours malgré de nombreuses aides étrangères les données nous montrent que nous avons des bilans piètres et désastreux en terme de croissance économique. Des taux de croissance économique de 5% du PIB en 2010-2011 et 1,7% en 2014-2015, soit une baisse de 3.8% du PIB entre 2010 et 2015. on a connu en 2015 -2016 et 2016-2017 des taux de croissance respectivement de 1.5% du PIB et 1.2% du PIB. À rappeler que le dernier taux en date était négatif, soit -0,4%. La gourde de son côté, ne cesse pas de se déprécier par rapport au dollar américain au cours de cette période, soit 40 Gourdes pour un dollar le 30 septembre 2011 et 98 gourdes pour un dollar le 9 avril 2020.

Avec la crise sanitaire mondiale, qui va forcément affecter l’économie mondiale, on ne peut pas s’attendre à un renversement de la situation au cours de cette année. Dans ce cas, on pourrait parler de l’état léthargique de la croissance économique d’Haïti malgré les aides étrangères de 2010 à nos jours.

Du XVIIIe siècle au XXIème siècle, Haïti est passée de la plus riche colonie française (Saint Domingue à l’époque) de la caraïbe au pays le plus pauvre du continent américain. Nous connaissons pas mal l’histoire de l’occupation américaine et ses conséquences sur ces résultats critiques en Haïti.

Voilà la situation d’aujourd’hui et depuis bien des années, on dirait que ça n’ébranle personne encore moins l’equipe du pouvoir en place (PHTK). Ce dernier qui dirige le pays depuis 2011. Sur ce régime, nous assistons à la disparition progressive de la classe moyenne haïtienne. Et on se demande Comment peut- on espérer une croissance économique soutenue et auto entretenue avec une classe moyenne « decapitalisée » ? une classe moyenne sans secours. Cette dernière étant la base de toute économie florissante. Une classe moyenne qui investit dans les petites et moyennes entreprises, qui crée de l’emploi et qui pourrait éventuellement aider à réduire ce taux de chômage mais également comme des consommateurs en raison de leur plus forte propension moyenne et marginale à consommer.

En guise de conclusion, Engageons nous dans la bataille contre la corruption et le détournement de fonds pour sauver le pays !


Pierre Joseph, Étudiant en science économique et en science politique

Coordonateur ECO-max (Économie au maximum)

Collaborateur

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