L’analphabétisme : plus qu’un concept théorique, une réalité !

L’analphabétisme : plus qu’un concept théorique, une réalité !

Le 8 septembre a été choisi par l’UNESCO pour célébrer la journée internationale de l’alphabétisation. Mais quand serions-nous en mesure de la célébrer cette journée en Haïti comme cela se fait dans tant d’autres pays ? Selon l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, chacun a droit à une bonne éducation.[1]

En effet, le droit à l’éducation fait partie des droits essentiels prônés par la Déclaration Universelle des droits de l’Homme en 1948. Ils sont légion à travers le monde, les pays ayant ratifié diverses conventions internationales et régionales portant sur le droit à l’éducation. En d’autres termes, ces derniers se sont engagés à garantir à chaque citoyen le droit et l’accès à une éducation de qualité. Cependant, selon le rapport mondial de suivi sur l’éducation pour tous, le monde compte aujourd’hui 781 millions d’adultes analphabètes, dont près des deux tiers sont des femmes. Ce chiffre représente 18 % de la population adulte mondiale.[2] cela va sans dire que l’analphabétisme est assez répandu au point de constituer un fléau mondial.

Les programmes d’éducation des adultes et d’éducation permanente offrent aux individus des opportunités en dehors du système scolaire formel d’acquérir de nouvelles compétences.

L’analphabétisme n’est pas seulement un concept théorique — c’est une réalité pour des millions de personnes dans le monde, sur tous les continents et dans tous les pays. Ce problème mondial a des implications réelles et nuit sérieusement tant sur les individus que sur les sociétés. Il va certainement impacter le droit à la vie, à l’autonomie, à la dignité, au développement personnel et à la réalisation de soi des personnes qu’il affecte.

Être alphabétisé(e) en Haïti n’est pas chose facile. Quelqu’un peut même se considérer chanceux de pouvoir lire et écrire sans difficulté. Le taux d’alphabétisation d’Haïti, d’environ 61 % (64,3 % pour les hommes et 57,3 % pour les femmes) est inférieur au taux d’alphabétisation moyen de 90 % des pays d’Amérique latine et des Caraïbes.[3] malheureusement, le pays fait face une pénurie sévère de fournitures scolaires et d’enseignants qualifiés. La COVID-19 a définitivement empiré les choses.

La pandémie de la COVID-19 a affecté les systèmes éducatifs du monde entier, entraînant la fermeture quasi totale d’écoles, d’universités et des centres de formation. La plupart des gouvernements du monde entier ont temporairement fermé les établissements d’enseignement pour tenter de contenir la propagation de la COVID-19. Ici, en Haïti, la situation n’en demeure pas moins différente. Néanmoins, contrairement à certains grands pays où les écoles restent fermées physiquement, mais continuent de fonctionner en ligne, en Haïti les étudiants ont dû rester chez eux alors que leur avenir se défilait devant eux. Et de l’autre côté, le travail de nombreux enseignants a été affecté. Les faiblesses d’accessibilité numérique constituent par ailleurs un grand obstacle à l’éducation présentement.

Selon le PDG de « profIT Development Consulting », Jean Marie ALTÉMA, l’État et le secteur privé devraient en profiter de la crise engendrée par la covid 19 comme catalyseur pour transformer le système éducatif haïtien et aussi comme accélérateur en vue de moderniser l’économie par le biais du numérique. Néanmoins, ceci impliquerait une disponibilité constante d’énergie électrique et une bonne connexion à internet.[4] Sommes-nous prêts pour cela ? L’État dans sa politique avec les fournisseurs d’énergie (EDH et autres) et les fournisseurs de service internet (Digicel, Natcom et autres) sont-ils prêts à faire cela ? Ou du moins cette situation de crise, de pénurie et de problèmes incessants fait bien leur cause ? Autant de questions pour peu de réponses.

L’analphabétisme n’est pas une question neutre de laquelle nous devrions simplement avoir connaissance. Il est ancré dans nos communautés et nous a causé pas mal de tort. C’est une violation des droits de l’homme, qui doit être combattue et stoppée. Être conscients(e)s de l’analphabétisation, c’est faire un pas vers le changement. Dans cette démarche, il ne s’agit pas de transférer des informations, des définitions et des statistiques. Mais de sensibiliser et remettre en question les attitudes, les comportements et les politiques qui provoquent et perpétuent l’analphabétisme. Nous voulons façonner une société où personne ne souffre à cause de ce mal. Nous ne voulons pas d’une société dans laquelle une personne n’hésite pas à vendre son vote pour de l’argent.

C’est pourquoi nous nous attendons à ce que l’éducation contre l’analphabétisation ne se limite pas aux salles d’apprentissage, mais qu’elle ait un impact plus large. Dans son essence, l’éducation contre l’analphabétisme est une éducation aux droits de l’homme, qui a un thème spécifique à l’esprit. Et si nous nous tournons vers l’une des ressources éducatives les plus importantes de l’éducation aux droits de l’homme — le Manuel pour l’éducation aux droits de l’homme avec les jeunes COMPASS, développé par le Conseil de l’Europe — nous verrons que l’action a toujours été intégrée dans ce paradigme éducatif. Il existe même un article dédié à l’action.[5] Alors, utilisons-le et planifions nos processus éducatifs de manière à encourager l’action, même si elle semble petite.

Maintenant, n’ayons pas peur. Agir ne signifie pas nécessairement descendre dans les rues, renverser les poubelles et tout casser (même si nous avons certainement besoin de ça afin que nos voix soient réellement entendues). Mais nous avons besoin de plus de gens qui manifestent pacifiquement, qui protestent pour changer les conditions, pour que leur droit à l’éducation puisse être respecté. Parce que le droit à l’éducation est un droit fondamental et inaliénable.

Ainsi, l’action peut prendre de nombreuses formes tant au niveau personnel que collectif. Nous devons alors trouver en nous notre véritable motivation pour demander et/ou produire le changement.

Vive les objectifs du développement durable !
Vive les droits de l’homme !
Non à L’Analphabétisme !

Happy International Literacy Day!

Sources

1- https://www.un.org/fr/universal-declaration-human-rights/
2- http://uis.unesco.org/fr/topic/alphabetisme
3- https://www.macrotrends.net/countries/HTI/haiti/literacy-rate
4- https://rezonodwes.com/2020/09/05/jean-marie-altema-la-covid-19-devait-accelerer-le-processus-de-la-transformation-digitale-en-haiti/
5- Compasss-Manual for Human rights education with young people- Council of Europe

Stanley Junior BERNARD

ÉDUCATEUR / POLYGLOTTE / PHOTOGRAPHE

Collaborateur

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