Le complexe du créole : preuve indéniable d’une ancienne mais encore d’une présente domination

Le complexe du créole : preuve indéniable d’une ancienne mais encore d’une présente domination

La langue française : trace flagrante et durable de la domination d’une ancienne métropole. Dans le système éducatif haïtien, le créole, langue maternelle, est considéré comme une langue de seconde zone. En guise de vérification, il suffit de visiter nos bibliothèques et les ouvrages utilisés dans l’enseignement primaire, secondaire et universitaire. Même le nombre d’œuvre en créole présente dans la littérature haïtienne ne joue pas en faveur de la langue.

Le fait de prioriser la langue française sur le créole Haïtien est un phénomène qui tient ses racines de très loin. Au sein de notre société, la langue des révoltés est marginalisée et reléguée au rang second ; c’est un problème négligé, d’autant plus qu’il favorise la langue de notre ancienne métropole.

Pour bien comprendre cette marginalisation il faut remonter l’histoire des colonies et comprendre du même coup la place de ces anciens langages au sein de ces colonies. Pour les esclaves au lieu de langue le créole n’était qu’un langage, qu’ils utilisaient pour communiquer entre eux. Par le miracle de l’évolution ce simple langage est devenu de plus en plus formel, en passant par ce que les linguistes appellent les étapes de la formation d’une langue, comme le pidgin et devient un créole c’est-à-dire une langue qui par définition serait une forme de langue formée à partir de deux autres langues et que celle-ci devient maternelle. D’ailleurs, plus de 80% des mots du créole Haïtien sont d’origine française. On comprend bien pourquoi.

La diglossie persiste

Le meilleur moyen de façonner une société c’est au travers de l’éducation, qui formera des élites, ces élites qui seront des modèles à suivre. En Haïti les premières classes d’élites étant formé majoritairement en France par des français ce qui pourrait être expliqué par l’implantation tardive des écoles professionnelles voir même des universités sur le sol haïtien, à titre d’exemple la première trace d’université en Haïti ne remonte qu’au XIXème siècle, selon Ies données de l’Université d’État d’Haïti. Donc l’Haïtien n’avait le droit à l’éducation avancée que par le biais d’une langue éétrangère et le plus souvent cette langue était le français. Pas étonnant que nous avons une société formellement diglossique.

Aujourd’hui encore c’est bien connu que les meilleures écoles en Haïti seraient des écoles congréganistes c’est-à-dire des écoles qui sont nées de mission catholique, dirigée le plus souvent par des blancs francophones (Canadien, Suisse, Français) et comme on ne peut donner que ce qu’on a, notre éducation depuis la base se fait par la langue française avec des outils français, donc il était primordiale que l’élève maitrise la langue française et, de ce fait, on obligeait les élèves à parler en français même dans la cour de récréation.

Fort souvent l’élève qui ose parler créole est punit, et même pire, humilié par le port d’un symbole qui le désigne parfois comme un singe, âne, etc. On peut aisément vérifier cela à partir d’une image publiée récemment sur le compte Instagram du rappeur BIC. Par ailleurs, il faut comprendre que ce n’est qu’à partir de la constitution de 1987 que le créole est devenu une langue omcielle en cohabitation avec la langue française. On pourrait se demander comment une langue parlée par la quasi-totalité des Haïtiens est devenue langue officielle aussi tardivement.

Mais le vrai problème c’est que aujourd’hui encore nous avons une société qui croit dur comme fer que parler français est signe d’intelligence, la langue française est signe de démarcation sociale.

Dans la majorité des Institutions publiques, on utilise le français et non en créole et même une simple fiche de transaction bancaire est entièrement en français. Aujourd’hui encore, à part les étudiants de certaines entités de l’UEH comme la FLA et la FASCH, accouplées à un autre petit goupe qui suit un programme sur le parler et l’écrit correct du créole au cours de leur cursus universitaire au sein des universités privées, peu d’étudiants peuvent se targuer de maitriser cette langue, comparativement au français, qui est la langue usuelle de l’éducation au même niveau.

Le créole est dévalorisé et reste informel. Malgré la constitution de 1987, on ne peut parler de bilinguisme dans un tel cas, mais plutôt d’une diglossie persistante.

Malgré les rares efforts soutenant le créole, mise à part la création de I’AKA et l’enseignement du créole qui se fait désormais au secondaire, on ne peut nier l’influence de son statut de créole le plus parlé dans le monde, d’où sa reconnaissance au niveau international. Le créole haïtien est même devenu la 6e langue officielle de l’état de New-York depuis janvier 2009.

Officiellement la constitution le clame, la communauté internationale également sur le terrain : la réalité est différente. Normalement parler français ou créole ne devrait pas être un problème puisque tout comme la culture dont elles sont des éléments représentatifs, les langues aussi se valent mais la réalité de l’haïtien l’affirme différemment. Parler français est signe de démarcation sociale et le créole reste une langue seconde. On se demanderait pourquoi ? La conclusion est bien cruelle et laisse ouvert un débat : Le fait que le créole a encore ce statut au sein de la société est la preuve indéniable d’une chose assez grave ; cela prouve tout simplement que la domination intellectuelle de l’ancienne métropole est encore présente et que ce peuple ignore encore la fierté de pouvoir s’affirmer dans sa propre langue ou du moins elle la refuse. Pas étonnant qu’on en est là aujourd’hui.

Maycol Joseph

Originaire des Gonaïves, étudiant en Communication sociale à l'INUKA, passionné d'écriture, de musique et du sport.

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