Le métier d’enseignant en Haïti, quelle réalité ?

Le métier d’enseignant en Haïti, quelle réalité ?

La place de l’éducation dans l’émergence d’une société n’est plus à prouver. Elle est le puissant outil indéniable utilisé pour développer les potentialités de l’humain. Toute société en effet ambitieuse de la modernisation la tient comme une lumière devant guider leurs pas. C’est d’ailleurs dans cette perspective que s’inscrit les pays optant pour la démocratisation de l’éducation.

En Haïti, depuis quelques années le débat se porte sur la qualité et l’efficacité du système éducatif. Tout à fait normal, car toute éducation n’est pas forcément porteuse de la modernité. Il y en a qui sont déficientes et mêmes moribondes. Le cas du système éducatif haïtien en est un flagrant exemple.

Lorsqu’on procède à son diagnostic, une multiplicité de pathologies se décèlent : comme, la répétition des échecs scolaires, l’absence d’un curriculum adapté pouvant former un petit haïtien productif, une école d’inégalité et non inclusive, une insuffisance de ressources didactiques dans les espaces scolaires et la mauvaise condition du métier d’enseignant…

La journée mondiale des enseignants a lieu chaque 5 octobre, pour commémorer la signature de la recommandation de l’organisation internationale du travail et de l’UNESCO de 1966 sur les conditions de travail du personnel enseignant.

Le métier d’enseignant en Haïti est l’un des corps de métier les plus décriés. Depuis la dictature des Duvalier à nos jours, il tombe dans une dégénérescence monstrueuse. Les rudes souffrances du quotidien des enseignants le témoignent. Ce sont entre autres l’absence de formation continue, perte de reconnaissance sociale, problème de rémunération, conditions de travail crasseuses… Ce qui crée par conséquent une profession mal-aimée tendant de plus en plus vers une déprofessionnalisation.

On assiste alors en majeure partie à un personnel enseignant dérouté, incompétent pour être appelé par ce nom. « selon les statistiques, plus de 60% des enseignants n’ont pas la qualification académique et professionnelle requise pour enseigner, » a rapporté Yves Roblin (2013). Ainsi, certains d’entre eux voient l’enseignement telle une activité de transition, à n’importe quel moment opportun, ils peuvent l’abandonner pour d’autres professions plus favorisantes. D’autres le professent juste pour être à l’abri du chômage extrême. À cet effet, on peut dire que l’enseignement en Haïti, est un lieu de refuge pour les chômeurs.

De plus, la non-qualification des enseignants a des conséquences sur la performance de l’école et inévitablement sur celle de la société. Ceci est d’autant plus vrai que l’étudiant, consciemment ou non, aura tendance à reproduire le type d’enseignement qu’il a reçu durant son parcours scolaire et même universitaire.

Malgré la montée de la pédagogie active, où l’on a tendance à faire de l’apprenant acteur de son apprentissage, l’importance des enseignants dans la construction du savoir reste et demeure capitale. Il a toujours à intervenir, soit comme médiateur ou comme guide du processus enseignement/apprentissage. C’est comme le conçoit le pédagogue Paulo Freire (1974), « Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul. Les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde ». L’enseignant en effet, est l’artisan de demain, celui qui est là pour aider à trouver le chemin, un éclaireur, un « Legba », dirait-on, pour se référer à la mythologie haïtienne.

S’est-il opéré un changement depuis l’adoption de la journée mondiale des enseignants ? Pendant que les lycéens sont encore dans la rue, pour exiger à cor et à cri professeurs dans les classes ; pendant que n’importe qui peut se tenir par devant une salle de classe pour enseigner ; pendant que l’enseignement est de plus en plus détesté comme carrière ; pendant que les enseignants restent encore de véritables frustrés qui revendiquent de meilleures conditions de travail ; pendant que les diplômés qualifiés des écoles formant des enseignants ne peuvent pas intégrer le système éducatif, on ose le dire, le constat est que les défis s’accroissent.

Le métier d’enseignant en Haïti, une réalité sombre et déshumanisante, qui soulève l’indignation. En majeure partie, une pratique de débâcle et d’amateurisme. Un camp de frustrés et d’éternels quémandeurs.

Que ces 26 ans de célébration de la journée mondiale des enseignants et ce tableau d’indignation, soient désormais un moment solennel et décisif pour valoriser une fois pour toutes le métier d’enseignant en Haïti, en posant les défis profonds et structurels qui le rongent ! Inacceptable, de laisser traîner ainsi les maîtres de nos petits et les façonneurs de demain.

Merci et bravo à tous ceux et celles qui se battent de manière infatigable pour éclairer le chemin des enfants et des jeunes, en dépit de tout ce qu’il y a comme manque ! Nous en sommes fiers et reconnaissants. Merci encore !

Jerry Stanley Bastien

Je suis originaire des côtes-de-fer, étudiant à la faculté des sciences humaines de l'Université d'État d'Haïti. Passionné de la lecture et de l'écriture. Je crois qu'Haïti peut renaître de ces cendres si sa jeunesse s'implique.

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