Les choses sont-elles en réalité pires qu’avant ?

Les choses sont-elles en réalité pires qu’avant ?

Mon intention n’est point de vous faire croire que le monde est devenu bon mais qu’il est sur le chemin. À tout le moins, on a fait un grand pas et tout donne à penser qu’on continuera dans le même sens. Je ne saurais vous dire pourquoi mais il nous est malaisé de nous rendre compte de cet énorme progrès.

Il va sans dire que je ne suis pas le seul à me sentir harcelé par cette remarque. À force de l’entendre, elle finit par me fatiguer, me révolter. Je leur lance parfois un « ok boomer ». Ne vous trompez pas à mon compte, ce n’était point dans mes habitudes de leur manquer de respect. Les structures sont disposées de telle manière qu’on finit par croire que, naturellement, tout tourne autour de nous, de notre époque, de nos connaissances. En ce sens, accepter de rencontrer l’inconnu ou la nouveauté est trop risqué. On préfère se recentrer sur son monde et patauger dans sa sécurité. Or l’autre ou l’inconnu est tellement grand et infini. Vous avez certainement rencontré un aîné ou un congénère – désillusionné, la mort dans l’âme, l’air diminué et aigri en quête d’un espoir éventuel – vous sermonner en lâchant fièrement à la fin : « c’était mieux avant ».

Vous me conviendrez que notre planète ne nous a jamais parue aussi violente et incrustée de terreur et d’obscénité. Les nouvelles nous arrivent de partout : le tableau nous est présenté sur fonds de terrorisme, de criminalité, de barbarie… le tout coiffé par des lettres de peur, d’angoisse qui ne quittent plus les gens. Or, voyez-vous, le vieux continent qui a été le théâtre des guerres les plus horribles connaît une période de paix sans précédent. Soixante-dix ans peut être peu mais ne vous méprenez pas : c’est la plus longue période de paix stable qu’a connue le monde.

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Point besoin de vous dire qu’il y eût quelques déviations dans certaines parties du monde comme le Rwanda, la Serbie, le moyen-orient. Mon intention n’est point de vous faire croire que le monde est devenu bon mais qu’il est sur le chemin. À tout le moins, on a fait un grand pas et tout donne à penser qu’on continuera dans le même sens. Je ne saurais vous dire pourquoi mais il nous est malaisé de nous rendre compte de cet énorme progrès. Peut-être que les milliers d’années où la guerre était normale ont fini par s’inscrire dans notre ADN. Maintenant on la voit partout même quand elle n’est pas là. Le fait est que nous sommes plus exposés aux moindres sujets de criminalité à travers l’espace médiatique. Aujourd’hui, 5/6 de la surface de la terre est libre de toute guerre. Le reste va du Nigéria au Pakistan en passant par une partie du Moyen-Orient. En plus, le nombre de conflits armés à baissé de 40 %. Cerise sur le gâteau, selon un rapport de l’OMS, la guerre est exempte du top 10 des causes de décès en 2019. On peut justifier ce plaidoyer sur d’autres angles. Remarquez qu’au niveau de la santé, l’effort est tout aussi considérable.

En moins de cinq ans (1347-1352), la peste à fait mourir entre 30 à 50% des Européens sans compter les millions d’autres qui y succomberont dans les prochains siècles. La variole, à l’arrivée des Européens en Amérique, a fait chuter la population autochtone de 60%, soit 10% de la population mondiale. Je ne vous épargne pas les plus de 50 millions de morts causés par la grippe espagnole et les 500 millions infectés. Aujourd’hui, ces maladies sont le cadet de nos soucis. Entre 1990 et 2015, seulement 50 000 cas de peste ont été déclarés à l’OMS. Vous pouvez objecter que le coronavirus nous a pris de court et montré nos faiblesses. C’est peut-être vrai. Mais je vous laisse imaginer, deux siècles plus tôt, un virus qui se propage de manière insoupçonnée (donc, on ne sait pas si on doit se confiner pour l’enrayer) et comparez les moyens sanitaires rudimentaires par rapport à notre époque.

Ce n’est plus le temps où la peste, le choléra, la vérole entre autres décimaient naguère nos ancêtres. Le confort matériel n’est pas en reste. On ne meurt plus de faim, de froid comme jadis. Faut-il que je vous avoue que l’humanité n’a jamais connu une période de si grande abondance. Bien entendu, il faut souligner la mauvaise répartition de celle-ci. Ce qui implique que l’effort pour mieux nourrir la planète est bien moindre. C’est bien triste qu’en 2011, le gaspillage alimentaire était de 1.3 millard de tonnes par an et qu’un quart de la nourriture produite est jetée sans consommation. Un appel à la conscientisation est d’urgence. L’espérance de vie a augmenté de 20 ans en moins d’un siècle. La preuve la moins irréfutable est que la population mondiale est passée de 700 millions en 1750 (ère industrielle) à 6 Milliard en l’an 2000. Alors je vous épargne les progrès consentis chez les femmes, les minorités ethniques, religieuses et sexuelles. Attention, les images choquantes qu’on a vues récemment sur le meutre de Floyd ne veut pas dire forcément qu’il y a une recrudescence du racisme. Elle témoigne la sensibilité grandissante des gens à l’égard du racisme. Il y a quelques décennies, personne n’aurait pris la peine de filmer pour alerter les autres ; tout aurait passé comme une lettre à la poste. Cela vaut autant pour les violences faites sur les femmes que les persécutions religieuses.

Cependant, c’était peut-être mieux avant sur des sujets spécifiques à une époque ou un temps bien déterminé. La situation écologique et environnementale est un de ces sujets. L’ idée n’est pas de mousser tout progrès résultant des nouvelles techniques. On est conscient que les réseaux sociaux favorisent un égoïsme plus prononcé chez les individus. La vérité est que ce désir du passé est le résultat d’un biais cognitif. Primo, tout le monde dit que c’était mieux avant. Nos occupations et soucis sont moindres durant l’enfance. Devenus adultes, les angoisses et les responsabilités arrivent et nos plaisirs usés par le temps finissent par nous lasser. Alors, l’erreur consiste à croire qu’en reconstituant les mêmes structures du passé, nous retrouverions le même bonheur. Lisez bien cette phrase : « Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour les agés. À notre époque, les enfants sont des tyrans. » À coup sûr, vous y voyez le verbe d’un de vos aînés. Malheureusement, elle est de Socrate. Rappelez-vous votre professeur qui vous disait que votre promotion est la pire qu’il n’ait jamais vue alors qu’il disait la même chose aux précédentes. Deusio, il nous arrive d’idéaliser des passés jugés difficiles. Ce qui est très fréquent chez nos parents qui nous racontent les difficultés qu’ils ont connues et, à la fin, soupirent et lâchent d’un air regretté « c’était la belle époque ». Tertio, C’est la théorie de la simple exposition qui stipule la probabilité d’avoir un sentiment positif envers quelqu’un ou quelque chose par la simple exposition répétée est très forte. D’où notre empathie pour nos habitudes du passé. Enfin, il faut savoir que la nostalgie est un système de défense. Donc, plus on est stressé et angoissé, plus on tourne nos regards vers le passé.

Tout ceci pour dire quoi ? Ce n’était pas forcément mieux avant. Je viens de remarquer que ma lettre n’était adressée à personne. D’ailleurs, aujourd’hui, on n’écrit plus des lettres à ses proches. On a un téléphone qui est fabriqué à cet effet. C’était peut-être mieux à l’époque où l’on écrivait de belles lettres. Si jamais le hasard vous fait lire ce texte sans destinataire, je vous conseille d’accepter le changement, de vivre, de partir pour l’aventure. N’ayez plus peur de l’inconnu. Vous savez ? L’ inconnu, c’est l’avenir !

Mike Creedlyn Eugène

Étudiant à la Faculté des Sciences Humaines (UEH).

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