Si peu de « lives » pour tant de problèmes !

Si peu de « lives » pour tant de problèmes !

C’est le rappeur K-Lib Mapou qui a lancé la question sur son compte Twitter. Cette question dont je me suis inspiré pour écrire cet éditorial a soulevé une bruyante polémique sur le réseau social à l’oiseau bleu.

👏 men! Kòm kounyaa tout Atis ap fè live pou ede Lopital, alò pou pyese lopital. Ebyen Leta pa bezwen fè travay li a ankò, menm jan bandi ranplase l nan geto yo
Oubyen èske se travay Leta a kap kontinye, (m pa konnen) kòm li plen estraji, karavan te youn.
Tout kesyon bon pou poze— K-Lib (@klibmapou) June 14, 2020

Depuis le début de la pandémie, les humains entretiennent un rapport des plus étroits avec la technologie, confinement oblige. Des entreprises privées locales, passant par les institutions régionales, aux gouvernements voire des multinationales, s’il y a un fait sur lequel tous se mettent d’accord : « C’est qu’il faut placer la technologie au centre de tout. »

De ce fait, plus d’un s’est tourné vers la technologie afin de pallier l’impact des restrictions sur les activités économiques, pour certains, et l’absence des cadres pour d’autres, etc. Réunions par visioconférence, concerts, campagnes à travers les réseaux sociaux… Une plateforme offrant des services de visioconférence (Zoom) a vu son nombre d’utilisateurs décupler pendant le début de la crise sanitaire.

Haïti, malgré l’absence d’infrastructures technologiques adéquates, n’est pas exempt de cette nouvelle mode. Le premier ministre Jouthe Joseph, l’un des premiers à s’exposer en posture de visioconférence pour « de fructueuses réunions » à été la risée des internautes. Le président de la République, Jovenel Moïse a emboîté le pas, lançant appels vidéos par-ci, appels vidéos par-là, à des homologues Africains.

Mais, le phénomène le plus récurrent engendré par ce nouveau rapport de proximité est les concerts en direct délivrés par groupes musicaux et artistes sur des plateformes comme Facebook, Instagram ou encore Youtube. Ces concerts, pour la plupart gratuits, visent à divertir publics et fans, mais pas que.

Arborant un désintéressement a priori, cette démarche qu’ont adoptée plusieurs artistes du fameux « HMI » prétexte un altruisme à bien des égards. Si au départ, c’était un acte à but non lucratif, les « lives » exigent aujourd’hui un justificatif de collecte d’argent : levée de fonds pour tel hôpital, pour telle ou telle communauté, etc. Cashapp, Paypal… S’agirait-il d’une clause du contrat avec le principal promoteur de ce genre d’activités, le présentateur Carel Pedre ? Depuis le concert du groupe Kreyòl La, qui a collecté plus de 100 000 dollars us pour un hôpital, nombre de groupes musicaux et d’artistes se sont laissés influés par cette démarche qui recèle une incongruence masquée par le fait qu’il s’agit d’une activité à caractère caritatif. Qui pour questionner la charité, s’il n’a rien à donner ? L’aigri, peut-être…

Mais je persiste : y aura-t-il assez de « lives » pour récolter le fonds nécessaire pour nous guérir de tous nos maux ? Peut-être pas. Charité bien ordonnée commence par soi-même, les artistes ne vivent pas de gratuité.

Ce nouveau concept suit ce même schéma auquel nous sommes habitués, ici en Haïti, celui consistant à contourner le problème au lieu de le résoudre une fois pour toutes. Des raccourcis et des raccourcis. Certes, c’est mieux que rien, mais l’on s’étonnera de voir que le problème que l’on prétendait résoudre ressurgira mille fois plus violent. La cause ? Un trop-plein de palliatifs. La solution n’étant pas de raccommoder les services publics établis sur base de systèmes insitutionnels baignés dans une déliquescence abjecte, mais d’exiger à l’État dans sa fonction de gardien du peuple d’établir des politiques publiques à même d’apporter une solution voire un élan de changement de la situation.

Quid des fonctions régaliennes ?

Qui a dit qu’il était impossible de vivre dans une société où les services publics sont inexistants ? Pourtant on survit assez bien en Haïti : L’EDH, censée fournir le courant électrique manque à son rôle, on installe son groupe électrogène miniature privé ; la Dinepa ne distribue pas l’eau courante, on fore son propre puits. Simple. Nous sommes habitués à vivre avec les privations. Nous nous adaptons à toutes les situations. Nous nous substituons à l’État.

Ces artistes qui prétendent faire bonnes œuvres ne font que pérenniser le statu quo. Il faut qu’ils sachent que ce dont le pays a vraiment besoin, c’est une rémission totale et non des symptômes déguisés.

Mike Préval

Blogueur et graphiste, Mike est passionné de lecture, d'écriture et surtout de technologies, il est également intéressé à la culture et la politique en Haïti.

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