Quand l’Église n’est pas un opium pour le peuple, elle en fait un troupeau de moutons de panurge

Quand l’Église n’est pas un opium pour le peuple, elle en fait un troupeau de moutons de panurge

Décidément, l’année 2020 sera l’année de tous les renversements de situations. D’abord, la Covid-19 qui vient tout chambouler ; le président Jovenel Moïse, fils du régime PHTK, qui veut réformer à coups de décrets ; et, cerise sur le gâteau, l’Église qui prend partie d’un grand mouvement populaire, du moins elle en serait même la principale instigatrice.

On a toujours reproché au secteur religieux haïtien son indifférence aux diverses crises qui rongent la société haïtienne. Ce secteur qui rassemble une grande partie de la population, a souvent brillé par son absence dans les différentes manifestations populaires qui exigent leur participation citoyenne. Lorsqu’il s’agit de participer aux élections ou de dénoncer certaines actions injustes ayant trait à la politique, leurs membres (certains protestants) affichent d’habitude un mutisme des plus éloquents.

Si la promulgation par décret, le 24 juin 2020 dans le journal officiel « Le Moniteur », du nouveau code pénal a choqué plus d’un, compte tenu de son incongruence ; ces derniers estimant que le gouvernement devrait plutôt se concentrer sur la gestion de la pandémie, elle a suscité un grand remue-ménage du côté de la communauté religieuse qui est sur le qui-vive depuis.

En effet, plusieurs théories bruitant autour de ce document viennent jusqu’à en déformer le contenu afin d’alimenter une certaine propagande née des suites de propos d’un ancien sénateur de la République. Le nouveau code de procédure pénale qui vient abroger l’actuel, en vigueur depuis 1836, a été mal accueilli par la population en général et par l’Église qui, d’habitude, fait fi de ces questions relevant de la politique. Néanmoins, il faudrait souligner la participation symbolique de religieux catholiques l’année dernière dans une manifestation réclamant le départ du président de la République.

De plus, le 3 juillet 2020, la conférence épiscopale d’Haïti, qui représente les catholiques, a appelé, via une lettre ouverte, « au blocage et à l’arrêt » du nouveau code pénal qu’elle dit « éthiquement et moralement inacceptable sur plusieurs points », tout en dénonçant l’application d’autres points cités dans un premier décret relatif à la nouvelle carte d’identité dite « unique ». Cette fois, les protestants ne se sont pourtant pas fait prier. Insolite ! Dans la foulée, ils ont uni leur vigueur à la velléité de ces catholiques pour marcher et lancer pétitions et propagandes afin d’éviter « un éventuel châtiment divin sur le pays ». Des théories comme l’autorisation du mariage homosexuel, de la zoophilie, de l’inceste… dont le code pénal n’a fait mention dans aucun de ses articles, sinon pas dans les termes qu’ils les définissent, la loi pénale étant d’interprétation stricte, sont entre autres ce que ceux-ci dénoncent.

Pour une fois qu’elle entend s’impliquer réellement dans les affaires politiques du pays, l’Église semble se buter à de la fiction, tout en entraînant ses fidèles dans une démarche à l’aveugle. En effet, ces derniers agissent par effet de mode, car il est évident que s’ils avaient pris le soin de consulter le document avant d’en juger le contenu, ils auraient agi autrement ou pas du tout.

Aujourd’hui, ils crient à l’abomination, rejettent une décision étatique, jusqu’à lancer une campagne de désinformation : une voiture de publicité sillonnait hier la ville des Gonaïves à cet effet. Pourtant, la situation économique catastrophique du pays et l’insécurité grandissante qui sévit dans les quartiers populaires laissaient nombre d’entre eux complètement indifférents.

Mike Préval

Blogueur et graphiste, Mike est passionné de lecture, d'écriture et surtout de technologies, il est également intéressé à la culture et la politique en Haïti.

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