Que se passe-t-il au Chili?

Que se passe-t-il au Chili?

Depuis environ deux semaines, le Chili comme tant d’autres pays offre un spectacle au monde entier, avec des scènes qui se jouent entre vandalisme, pillages et violences.

Ce pays qui, jusque-là, a connu une longue période de paix depuis plus de 30 ans a vu réapparaître le spectre de la dictature-Pinochet avec l’annonce du couvre-feu dans ses principaux villes. Et depuis, c’est un Chili transformé en une véritable arène où forces de l’ordre et manifestants s’affrontent.

Le Président Piñera qui n’est pas à sa première expérience (il a fait face à une vague de contestation durant son premier mandat avec les prétendus pingouins) se dit être en « guerre contre un ennemi implacable ». Une déclaration qui a mis l’huile sur le feu et qui a fait défiler plus d’un million de manifestants dans les rues. Dans la foulée, la queue entre les jambes, il demande « Pardon » pour « son manque de vision » et annonce des mesures sociales pour tenter d’apaiser la colère des Chiliens.

L’élément déclencheur de cette crise a été la hausse des tarifs des tickets de métro dans la Capitale. Du moins, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase puisque le problème est beaucoup plus complexe qu’on ne le croit. Pour mieux comprendre, il faut remonter jusqu’à la dictature (1973-1990).

RefAyiti

Dans les années 80 l’administration de Pinochet a mis en place un système de retraites inspiré des « chicago boys » et très novateur. Mais la libéralisation quasi-complète de l’économie a changé la donne : ce système ne profite guère aux Chiliens. D’où le slogan : « no mas AFP »/ »non aux Administrateurs des Fonds de Retraites ». Ainsi Piñera se trouve héritier d’un problème qui remonte à plus de 40 ans. Ironie du sort : Son frère a été un grand artisan de ce système de retraites fomenté sous la dictature.

Cette vague de contestation prend sa source du fait que le Chili est un pays très inégalitaire. S’il faut le féliciter pour ses indicateurs macro-économiques enviables et sa croissance à la Chinoise, il faut aussi dénoncer ce grand fossé entre les différentes couches sociales. Depuis la chute de la dictature, les gouvernements de gauche se sont succédé mais n’ont pas pu changer radicalement ce système qui ne profite qu’aux plus forts. Selon une étude rapportée par France 24, deux adultes sur 3 sont incapables de rembourser leurs dettes. Alors qu’au Chili, il faut s’endetter pour étudier, pour se faire soigner, entre autres.

En haussant le prix du transport, Piñera a offert aux Chiliens l’opportunité d’exprimer leur mécontentement accumulé pendant plusieurs décennies. C’est ce qui explique que malgré les excuses et mesures prises par le gouvernement, les contestataires ne veulent plus laisser la rue. Eux qui ont perdu toute confiance dans les politiques. Tout porte à croire que les contestataires sont loin de laisser la rue, malgré que Piñera vient de demander à tous ses ministres de démissionner. Faute de médiateurs et de personnalités politiques à la tête du mouvement, la crise peut se tourner en un dialogue de sourds.

Mike Creedlyn Eugène

Étudiant à la Faculté des Sciences Humaines (UEH).

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