Querelles répétées entre artistes : le Compas menacé

Querelles répétées entre artistes : le Compas menacé

Depuis quelques temps, les disputes entre artistes Haïtiens deviennent tellement récurrentes, qu’elles posent un vrai problème pour la musique haïtienne qui, depuis de nombreuses années, peine à résister aux sempiternels affronts entre jazz, managers et artistes solo. A part les autres problèmes structurels que connaît ce secteur, cette tendance constitue une force handicapante qui détruit la musique haïtienne.

Un Compas fermé sur lui-même

Le compas demeure le deuxième genre musical le plus populaire en Haïti, selon la cartographie de la musique haïtienne dressée par Ayiti Mizik et l’Unesco (2017). L’harmonie qui émane des différents instruments donne irrémédiablement envie de danser et la gente féminine n’omet jamais le désir de se laisser transporter par la force attractive, voire sensationnelle que dégage les guitares et les pianos, considérés dans le milieu artistique comme des instruments virales, qui, dès qu’ils se mettent en marche, vous saisissent et vous donnent envie de danser.

Par sa force d’attraction, le compas détient une large audience (14% de la population, op cit). Par ailleurs, Il faut se rendre à l’évidence, il n’est plus ce qu’il était auparavant. Aujourd’hui, le compas fait face à une tendance qui remet en cause sa valeur aux yeux du monde. En effet, cette tendance qu’ont nos artistes à se « chamailler », fort souvent pour créer le « buzz », s’acharne à dévaloriser le compas qui fut jadis, le genre musical le plus valorisé en Haïti.

Ce n’est plus le temps où les groupes comme Septentrional, Tropicana d’Haïti, Tabou combo, Magnum Band pour ne citer que ceux-là « troquaient corne » pour ériger au sommet la musique haïtienne dans le respect des valeurs. Ce n’est plus non plus le temps où les ambassadeurs du compas, pour conserver leur popularité, s’engagaient à dénoncer nos moeurs et nos déboires tout en prenant en compte, la fragilité des plus jeunes. Ce qui était considéré au début comme un simple escarmouche, comme une mauvaise blague, est passé aujourd’hui au stade de chamailleries complexes et lassantes. Aujourd’hui,dans ce qu’il nous reste comme industrie musicale, ce sont les querelles entre artistes qui priment. L’avenir de la musique haïtienne est menacé, les enfants ne sont pas épargnés et pourtant, tout semble convenir à tout le monde.

Un genre musical moins palpitant

Durant les décennies précédentes, les leaders du Compas pour garder leur popularité, étaient obliger de travailler assidûment et inlassablement pour être toujours le point de mire des discours élogieux et des émissions chaleureuses de l’époque à la radio, comme à la télévision. Il ne s’agissait pas d’attaquer un autre groupe pour faire du Buzz. La popularité d’un groupe ou d’un artiste dépendait largement de son engagement à défendre la société haïtienne, à conseiller les plus jeunes et les plus vieux, sans oublier à valoriser les femmes qui sont considérés comme la muse principale de nos artistes.

Il s’agissait de valoriser Haïti, de dénoncer la mauvaise gestion de la politique dans le pays. Tout morceau de musique avait sa signification, sa logique, sa valeur musicale. Aujourd’hui, dans la plupart des cas, l’œuvre elle-même voire l’artiste, perd de sa valeur unitaire.

Les récentes discussions démontrent clairement l’incapacité de certains artistes à gérer la musique et leur vie personnelle. La plupart de ces artistes pour gérer leur popularité, attaquent un autre avec toutes sortes de mots à travers une musique où ils auraient pu lancer un message de sensibilisation contre le sida, contre la pauvreté ou contre l’insécurité qui taraude le pays.

La musique délaissée

D’une part, il y a le ministère de la culture qui n’encourage pas le travail des artistes haïtiens, d’autre part, il paraît que les artistes s’en foutent royalement. Dans les differents budgets de l’Etat haïtien,aucun frais n’est jamais mentionné comme moyen de support pour respecter le droit de production des artistes et des jazz. La mention « droits réservés » très utilisée dans la pratique, n’est pas respectée et constitue une atteinte au droit moral des producteurs. Quoi de plus normal qu’un artiste qui exige L’État à mettre en place des mésures visant à stimuler la création artistique et à encourager la recherche des talents et l’affirmation des vocations?

Il n’existe pas d' »industrie de la musique ». Les artistes de compas, rap et d’afro se font arnaquer tous les jours et ils n’ont nulle part où porter plainte. Les droits d’auteurs ne sont pas respectés, les plus jeunes ne sont pas valorisés et tout ça, en plein milieu d’un HMI fantôme. Cette lutte pour le bon fonctionnement de l’industrie musicale ne concerne pas seulement le compas, tous les genres musicaux sont concernés.

L’acculturation pourra-t-elle enrayer la chute vertigineuse du Compas?

Le Compas est un patrimoine qui peut rester ce qu’il a toujours été. Ce n’est pas une nouvelle orientation qui apportera une solution à ses différents maux. D’ailleurs, les changements dans le milieu sont visibles et les causes pour lesquelles les artistes devraient se battre ne sont plus défendues. Le pays n’est plus en première place. Ce sont des musiques qui omettent de peindre la réalité telle qu’elle est, une chose qui compromet la progression et la qualité de la culture haïtienne. Nous avons à faire à une génération de marque qui, si elle ne s’identifie pas clairement, n’arrivera plus à distinguer les traits culturels de notre pays. Ainsi, il y a un double danger qui guette l’avenir du compas lorsque le pays est lui-même soumis à un processus d’ acculturation!

L’on constate que le compas se démultiplie au jour le jour et ce, dans des stratégies multi-canales. Il a perdu beaucoup de valeurs en elle-même. L’intérêt est toujours là, mais s’agissant de valeur et de culture, ce sont surtout les « Bif » et autres chamailleries qui persistent. Les artistes qui pouvaient inciter les jeunes à croire en eux sont souvent désorientés et l’industrie de la musique haïtienne à besoin de prendre plus d’espace dans la culture haïtienne. Pour donner plus de valeur à la musique haïtienne, redonnons lui de l’espace.

Marckenley Élie

Marckenley Elie, est un communicateur social et un orateur très prometteur. Il est passionné de lecture et amoureux de l'écriture. Jeune poète et Romancier.

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