Saison cyclonique : Haïti livré à la faveur de la nature

Saison cyclonique : Haïti livré à la faveur de la nature

Ce tiers d’île tropicale tapie au milieu des Caraïbes, Haïti, défraie fréquemment la chronique internationale en matière d’aléas météorologiques.

Haïti et les cyclones s’apparentent à une longue histoire ponctuée de crainte, de doute et surtout de mauvais souvenirs. Ces 10 dernières années peuvent en témoigner. On n’est pas près d’oublier l’ouragan Matthew qui a dévasté le Sud, en 2016. Toujours est-il que chaque année, ce phénomène portant le nom de système cyclonique, se répète à la même période. Pour 2020, les prévisions portent à croire que les cyclones seront beaucoup plus intenses que les années précédentes. Il y a sûrement de quoi s’inquiéter quand on sait tous que le manque d’infrastructures du pays ne lui permet pas de contenir deux gouttes de pluie sans provoquer des inondations.

La Caraïbe est régulièrement touchée par des cyclones. Elle reçoit en moyenne sept cyclones par an. La saison cyclonique s’étend de juillet à octobre, avec une période plus particulièrement active du 15 août au 15 septembre. Lors des cinq dernières années, l’activité s’est caractérisée par une augmentation croissante et un rallongement de la période cyclonique. Entre 13 et 19 systèmes sont nommés, 12 ouragans moyens et entre 3 et 6 majeurs.

Le thème retenu pour cette saison cyclonique « Ann aprann plis toujou » traduit la ferme volonté de la Direction Générale de la Protection Civile (DGPC) de tirer des leçons du passé. Par ailleurs, aux yeux de certains, il exprime le laxisme flagrant des autorités incapables de prévoir et d’agir en conséquence. Depuis le début de la saison cyclonique, elle a tenu à mettre en garde contre les éventuelles inondations, les glissements de terrain ou autres incidents par le biais d’une campagne de sensibilisation. En outre, des abris provisoires seront disponibles pour accueillir les plus vulnérables. La population est appelée à être vigilante.

Débutée le 1er juin, il reste encore du chemin à parcourir à la série de tempêtes tropicales qui s’abattront sur l’île. Généralement, elle atteint son paroxysme aux mois d’août et de septembre. Des rafales, des averses orageuses, des pluies diluviennes aptes à grossir les cours d’eau seront observables.

Avec le coronavirus, les cyclones tombent mal et risquent de détruire toutes les barrières instaurées dans la lutte contre ce dernier. Une situation des plus précaires pourrait s’établir. Ce ne sera pas un combat facile.

La DGPC tentera d’identifier, d’évaluer et de prioriser les risques relatifs à ces activités cycloniques de manière coordonnée. Il lui incombe la lourde tâche de réduire, de contrôler la probabilité des événements redoutés pour réduire l’impact éventuel des dangers qui menacent les citoyens. On comprend bien alors pourquoi l’on redoute tant ces cataclysmes. La gestion des risques demande trop.

Par contre, si la population s’allie aux autorités pour mieux se protéger, si l’effort est conjugué de toutes parts, si la sensibilisation a touché le maximum de gens, le cyclone tropical potentiel NINE n’aura été que le bref passage de quelques nuages dans le ciel d’azur d’Haïti .

La tempête tropicale ISAIAS lors de son passage a perdu en intensité. Il n’y a pas eu lieu de s’inquiéter. Hormis pour les zones vulnérables ou à risque d’inondation, l’arrivée de ces pluies était perçue comme une bonne nouvelle pour les agriculteurs haïtiens surtout pour cette période. Isaias a fait long feu, fait mentir les prévisions. Cependant viennent Joséphine, Kyle, Laura, Marco, Nana, Omar, Paulette, René, Sally, Teddy, Vicky et Wilfred. Il ne faut pas l’oublier. Prudence et vigilance sont de mise.

La saison cyclonique pourra toujours passer sa route sans surprise aucune. Ce serait une bénédiction. Mais si elle vient à se manifester comme elle se doit, serons-nous obligés de nous en remettre à la Providence ou à l’aide étrangère ? Les années passent avec ou sans complications. On est là, les oreilles murées, les yeux voilés, bien décidés à ne tirer aucune leçon pour l’avenir. Ann aprann plis toujou.

Wislin Prévil

Wislin Altaïr Prévil est étudiant à la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire de l'Université d'Etat d'Haïti. Amateur éclairé de lecture et d'écriture, il garde la ferme conviction que le pays tant rêvé ne peut découler que d'une jeunesse éduquée et soucieuse.

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