« Ti rès la pou pèp la ! »

« Ti rès la pou pèp la ! »

Le 7 janvier 2018 paraissait dans La Presse un article sur la culture de la corruption en Haïti ; ce mardi, le quotidien canadien a fait une révélation combien alarmante sur le niveau d’insouciance des hommes politiques haïtiens qui, sans scrupule aucune, s’enrichissent malhonnêtement au grand dam du peuple.

L’article soulève déjà grand un tollé. « La femme d’un sénateur appartenant au parti du président contesté, Jovenel Moïse, vient d’acheter une somptueuse villa de 4,25 millions de dollars à Laval », dévoile La Presse. On ne saurait dire ce qui étonne le plus : le montant de l’achat ou l’appartenance du sénateur en cause au parti PHTK ? Parti du président contesté qui lui-même avait été inculpé en 2017, avant même son installation, pour une affaire de corruption alors qu’il était PDG d’une firme agricole nommée AGRITRANS S.A., impliquée dans la dilapidation du fonds Petrocaribe. La corruption, il faut le dire, c’est leur seconde nature ! Les gabegies de ce parti, au pouvoir depuis 10 ans, sont nombreuses. De l’affaire Petrocaribe passant par la « Karavàn Chanjman » à Dermalog, dernière affaire dans laquelle la femme de Jovenel Moïse a été directement impliquée, sans compter les carnavals organisés en dépit de contextes sociopolitiques assez tendus et inappropriés, la liste est loin d’être exhaustive.

Jovenel Moïse, en plus d’être un menteur habile, a le talent du leurre. Prestidigitateur par excellence, Son Excellence sait comment détourner l’attention du peuple en l’amenant à « suivre son regard ». Il faut dire aussi qu’il a le don du slogan. En décembre 2019, alors qu’il venait quelques mois plus tôt d’être épinglé pour détournement de fonds dans un rapport de la Cour Supérieure des Comptes, institution qu’il a en partie détruite, il a lancé un nouveau slogan : « Ti rès la pou pèp la ». Une phrase choc qui correspondait parfaitement à sa politique de propagande, s’appuyant sur une logique de victimisation d’une part et de médisance d’autre part. Pancartes et banderoles jalonnaient les rues, le slogan circulait partout, des vans diffusant un spot publicitaire réalisé exprès sillonnaient les rues de Port-au-Prince, pour qu’il fût clair pour le peuple que, puisque « les autres », ceux qu’il a coutume d’appeler « sistèm lan », avaient presque tout accaparé, il faut que les miettes, infimes soient-elles, lui reviennent absolument.

Si le peuple était dupe, aujourd’hui il doit comprendre que le peuple dont il s’agissait dans le slogan n’était en aucun cas lui, cette grande majorité de la population vivant sous le seuil de la pauvreté avec moins de 2,41 $ par jour, mais au contraire ce « peuple » de politiciens corrompus et de sinécures attachés au pouvoir qui font leur choux gras de sa misère.

Mike Préval

Blogueur et graphiste, Mike est passionné de lecture, d'écriture et surtout de technologies, il est également intéressé à la culture et la politique en Haïti.

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