Trump vs Biden : l’expression d’une Amérique profondément divisée

Trump vs Biden : l’expression d’une Amérique profondément divisée

Le premier débat présidentiel américain en vue des élections du 3 novembre a lieu mardi soir. Ce premier affrontement direct entre les deux principaux candidats a été surtout marqué par l’insolence d’un Trump indomptable, les attaques mordantes d’un Biden calme, précis et sûr de lui et la passivité d’un Chris Wallace – le modérateur – dépassé par les événements.

Les élections américaines ont toujours été très suivies partout à travers le monde. C’est peut-être l’une des règles qui n’a pas encore d’exception. L’ambiance est toujours théâtrale. Parfois même trop. Pendant des mois, des drapeaux et pancartes sont remués par des foules venues supporter leur candidat et les coups de pubs, vidéos et millions fusent de toute part. Cette année, ces élections ont mis en lumière, une Amérique profondément divisée. Peut-être irréconciliable. Une Amérique qui, d’une part, commence à prendre goût au socialisme qu’elle a combattu pendant les soixante dernières années. D’autre part, une Amérique conservatrice et libertarienne qui ne jure que par la propriété privée, l’individualisme et l’Etat minimaliste. C’est sur ce fonds de tension et de haine que se déroulent les élections américaines. Une division et une haine qui se voient jusque dans le débat du 29 septembre 2020. Un débat fait d’invectives et d’attaques ad hominem.

Les deux candidats n’incarnent pas trop bien pour autant les deux Amériques. La providence a voulu que ce soit eux : Ils en profitent. D’un côté, Biden n’est pas du tout un socialiste. De l’autre, Trump est un homme politique peu expérimenté mais qui comprend les enjeux idéologiques actuels et qui se met au service de l’électorat conservateur. Un duo Bernie Sanders – Ted Cruz aurait mieux incarné la division de la société américaine.

Biden est un homme politique de centre-droit qui fait de la politique depuis environs quarante ans. Il est connu et respecté des républicains et des démocrates. C’est d’ailleurs, l’une des raisons pour lesquelles il a été choisi comme colistier d’Obama. Face à un Donald Trump que certains considèrent comme arrogant, il entend être l’homme du politiquement correct et de l’unité. Par cette image de rassembleur, il s’est attiré la faveur de beaucoup de célébrités comme Dwayne Johnson dit « The Rock » . Il va pêcher quelques électeurs jusque dans les camps des Républicains dits modérés. Biden, c’est aussi l’espoir de cette grande majorité d’américains qui croit dans la cause du climat et de l’environnement. Il a promis à plusieurs reprises qu’il fera « confiance aux scientifiques » et réintégrera « l’accord de Paris ». En plus, l’ancien vice-président s’est montré extrêmement préoccupé par les tensions raciales qui secouent le pays. Il a dénoncé les comportements de son rival qui, à son avis, divise la société américaine. Enfin, avec les antifas qui pendant les dernières manifestations qui ont semé la pagaille partout, Biden se trouve entre l’enclume et le marteau. Biden ne partage du tout leurs causes mais se montre prudent car il a besoin de leurs votes tandis que que les antifas ne vont pas voter pour Biden mais contre Trump.

Trump, quand à lui, est un riche homme d’affaires sans expérience politique. Il est connu pour son manque de retenue dans ses gestes et comportements. Il n’apprécie guère le politiquement correct. Cependant, il est parvenu à s’imposer de telle sorte qu’il est devenu incontournable chez les Républicains. Trump, quand à lui, ne croit pas aux malheurs annoncés par les écologistes : « N’écoutez pas les prophètes de malheur, l’avenir sera radieux », disait-il. D’ailleurs, dès son arrivée au pouvoir, il quitte l’accord de Paris signé par son prédécesseur pour le climat. Sarcastique comme on le connait, Il va jusqu’à proposer à la jeune militante Greta Thunberg d’aller « au cinéma » en lieu et place de son combat pour le climat.

Comme son rival, la question raciale ne lui est pas indifférente mais s’exprime sur le sujet avec beaucoup de réserve. S’il existe un mot que le Président des États-Unis ne veut pas entendre parler c’est : Antifa. Il les accuse de vouloir discréditer la belle Histoire des États-Unis et ses pères fondateurs et imposer le socialisme à la société américaine. Cependant, il s’est montré réticent pour condamner les suprémacistes blancs.

L’on comprend bien que ces deux hommes sont les représentants des causes qu’ils ne partagent pas forcément. Certains ne voteront pas pour Biden mais contre Trump. D’autres ne voteront pas pour Trump mais contre les Antifas et les émeutes dont ils ont été à l’origine. Ce qui laisse croire que quel que soit celui qui gagne les élections, l’Amérique est loin de pouvoir se réunir sous le drapeau étoilé. Quand on sait que les milices armés de suprémacistes blancs affrontent les antifas en dans plusieurs quartiers aux États-Unis, on espère bien que l’éternelle prière qui termine les discours des hauts dignitaires Américains sera exaucée : « Que Dieu bénisse l’Amérique ! »

Mike Creedlyn Eugène

Étudiant à la Faculté des Sciences Humaines (UEH).

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