Une jeune fille de 22 ans violée dans la rue à Pétion-Ville

Une jeune fille de 22 ans violée dans la rue à Pétion-Ville


« Deux types m’ont violée dans la rue à Petion-ville, l’un d’entre eux était mon cousin » explique la vingtenaire, étudiante en communication à la faculté des sciences humaines.

« Même ma grand-mère l’ignore. Je n’arrive pas à déverser cette colère exubérante qui me transperce le coeur et qui me déchire la poitrine. Tous mes proches seraient sans doute surpris d’apprendre que cette fille énergique, gentille et rigolote que j’étais jusqu’à ce matin, a été victime d’un viol pas plus tard qu’hier soir, acte commandité par mon propre cousin, sur un sol humide, à côté d’un tas de détritus, dans un noir terrifiant à Pétion-Ville. Comment réclamer de l’aide, comment l’expliquer à la police, pendant que c’est mon silence qui gardera en vie mes deux petits frères, orphelins, pour lesquels je me bats tous les jours » a avoué la victime qui ne souhaitait pas dévoiler son nom.

Il était environ huit heures du soir lorsque, ce lundi 16 novembre 2020, j’ai franchi le seuil de la porte. je venais de rentrer chez moi, sourire aux lèvres, une bouteille de bière à la main que j’ingurgitais de temps en temps.Je m’apprêtais à m’asseoir lorsque j’ai vu l’écran de mon téléphone allumé sur le réfrigérateur.  » 11 appels manqués de … »

J’ai souri. C’était elle! Cette demoiselle combien amusante, taquineuse que je connaissais si bien et avec qui j’ai passé une partie de la journée à papoter et jaser. Elle est étudiante en communication à la FASCH. Je ne pouvais pas la rappeler, je n’avais pas de fonds. Que me voulait-elle? Elle voulait sans doute passer la nuit à blaguer comme d’habitude. Non. Elle pleurait. Elle venait de se faire humilier. Je l’ai appris ce matin.

Il était 5 heures de l’après-midi lorsqu’elle quittait Lalue pour se rendre à Malique, une petite localité située à hauteur de Pétion-Ville. Le chauffeur qui conduisait le bus roulait à pas de tortue à cause de l’intensité de la circulation. À ce rythme là, elle savait mieux que quiconque qu’elle ne rentrerait pas chez elle avant 9 heures du soir, dans un pays où l’insécurité ne laisse personne prendre son souffle. Entre la peur de se faire kidnapper par un malfrat et le désir d’arriver à la maison à une heure moins tardive, elle cogitait. Et c’est après une longue réflexion qu’elle s’est enfin résolue à appeler son cousin, qui venait la chercher quelques minutes plus tard sur une moto, accompagné d’un ami qu’elle n’avait jamais vu auparavant.

« Je ne voulais pas remettre ma vie à pareille heure entre les mains d’un chauffeur de taxi que je ne connaissais pas. J’ai descendu le bus dans lequel je me trouvais et j’ai préféré appeler mon cousin par mesure de précaution. Il était quand même de ma famille même si nous ne vivons pas sous le même toit. Quelques minutes après, une moto s’est arrêtée devant moi. Je l’ai attendu devant une grande entreprise sur la route de Pétion-Ville. Accompagné de son pote, arborant un sourire qui faisait ressortir les attraits de sa jeunesse, avec sa tête il m’a fait signe de monter. J’ai pris place au milieu. Il conduisait et son ami se trouvait derrière moi. Je ne le connaissais pas. Je ne l’avais jamais vu avant. J’ai conclu que mon cousin avait peur de prendre le chemin tout seul et qu’il a proposé à son ami de l’accompagner. Comment pouvais je deviner leur intention, comment savoir que j’étais dans le collimateur d’une si affreuse humiliation ? »

Selon la victime, il avait déjà essayé d’avoir des rapports sexuels sans son consentement. « Un jour alors que j’étais chez moi, il avait fait une tentative pour me forcer à avoir une relation sexuelle avec lui. J’en ai parlé à ma mère qui était encore en vie et elle avait tout fait pour que ce dernier ne m’approche plus, mais malgré tout, j’ai considéré ça comme un accident du passé. En fait, jusqu’à hier après-midi ».

« Il était presque huit heures et nous étions arrivés tout près du parc saint-Thérèse à Pétion ville. Mon cousin a refusé la route principale (celle qui passe devant le parc) et a préféré contourner le parc. L’endroit est peu fréquenté la nuit. Il fait souvent noir. Et c’est à ce moment qu’ils ont coupé le moteur. J’étais effarée. Je n’avais rien compris jusqu’au moment où Ils m’ont conduit dans un coin très sombre et ont commencé à me déshabiller de force. Je criais et me débattais de toutes mes forces, mais je n’aboutissais à rien. J’éprouvais des picotements dans la gorge et mes membres étaient atteints soudainement d’une paralysie provoquée par la peur et l’étonnement. Ils ont baissé mon pantalon et ma culotte, déchiré mon corsage, m’ont violé tous les deux. Après avoir confirmé leur virilité, ils m’ont menacé de morts, moi et mes deux petits frères, avant de prendre la fuite sur la moto. J’étais sur le sol. Je pleurais. Les membres endoloris. Je venais de me faire humilier comme une salope sur un sol poussiéreux, bondé de fatras, et je n’avais pas le droit de souffler mot » a conclu la victime.

La liste des victimes ne fait que s’allonger !

Après Evelyne Sincère qu’on avait enlevé, probablement violé, puis tué il y a tout juste quelques semaines, en voilà une autre demoiselle âgée de 22 ans, étudiante studieuse à la faculté des sciences humaines qui vient d’être victime et ce, par quelqu’un qu’elle connaissait. Cette orpheline vient de se faire violer 22 jours après la mort de sa mère. Elle n’avait que deux petits frères, un père adoptif ignorant, une grand- mère et un courage que deux pervers, l’un d’eux membre de sa famille, venaient de prendre.
« Mon cousin connaissait ma situation familiale, il savait que je me battais corps et âme pour ma réussite dans une société où les femmes sont considérées comme des torchons. Je comprendrais si c’était un étranger, mais mon propre cousin… Dieu seul sait pourquoi il m’ont laissé la vie sauve ».

Depuis plusieurs années, les violences sexuelles deviennent de plus en plus fréquentes dans tout le pays, particulièrement dans les zones les plus pauvres de Port-au-Prince ainsi que dans les zones rurales reculées. Selon « Kay Fanm », une structure de défense des droits de la femme haïtienne, 362 cas de violences contre des femmes ont été traités pour la période allant de janvier 2017 à juin 2018. Selon ce rapport, 89% des violences sexuelles sont perpétrées envers des filles et 11% contre des femmes.

Nous sommes en proie à une culture du viol

Beaucoup de femmes et de filles sont en danger, sans savoir à quel saint se vouer. Les cas de viols sont récurrents à point tel, qu’on se demande si les autorités responsables de garantir la sécurité des vies font le moindre cas de ce sujet. Certaines victimes de violences sexuelles croisent au quotidien leur agresseur dans la rue, sur leur lieu de travail, à la maison sans pouvoir les regarder dans les yeux, comme si c’étaient elles les coupables, tellement le phénomène est normalisé.

Marckenley Élie

Marckenley Elie est un passionné de la lecture. Rédacteur en chef de Sun Variété, il pense qu'on peut lutter contre la désinformation qui est toxique et meurtrière.

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